Judgement

De Wikipie12

Une Question de Jugement : Pie XII & les Juifs
d'après le dr Joseph L. Lichten, A Question of Judgment: Pius XII & the Jews (lien sur article original)

Dans chaque organisation humaine, les actions et attitudes de son leader colorent l'image que l'organisation a d'elle-même, qui est projetée ensuite vers ceux qui n'en font pas partie. Plus ce leader est fort, dans son autorité de droit et dans sa personne, et plus fermement cette image sera modelée sur sa personne. Ce truisme s'applique tout particulièrement à l'Eglise catholique romaine. Nous parlons de "bons" et "mauvais" papes, et de "bonnes" ou "mauvaises" périodes dans l'histoire de l'Eglise. Les critères utilisés pour définir ces qualificatifs nébuleux varient selon la culture propre du juge, les normes, la foi ou l'absence de foi, et bien d'autres notions abstraites toutes aussi subtiles. Terence le dit succintement dans Phormio (II, 4, 14) : Quot homines, tot sententiae (Autant d'hommes, autant d'avis).

Récemment, un acte d'accusation a été porté contre le pape Pie XII, et par extension contre l'Eglise catholique, sur son implication criminelle dans l'extermination des quelque six millions de Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Le principal accusateur, du moins en terme de publicité reçue, ne présente pas lui-même les garanties les plus sûres, bien qu'il soit très persuasif dans la façon de présenter son affaire. Plus important, il n'est pas dans les habitudes du Vatican d'ouvrir ses archives sur une période quelconque de l'histoire avant que plusieurs décennies ne soient écoulées *. En conséquence, les seules informations pertinentes sur l'action du pape Pie XII durant son pontificat ne peuvent être consultées.

Néanmoins, la question soulevée a une énorme importance, et celle-ci exige d'être examinée. Un commentaire personnel : en bien des occasions, cherchant parmi les documents appropriés, je cherchais aussi mon âme. Au regard de ma tragédie personnelle, j'ai une obligation particulière d'analyser chaque détail relatif à la tragédie juive de la dernière guerre.

Quelles sont les éléments à charge contre Pie XII ? En résumé, qu'en tant que chef de l'une des plus puissantes forces morales de la planète, il commit un irrémessible péché d'omission en n'exprimant pas publiquement une prise de position formelle condamnant le génocide nazi et les massacres contre les Juifs, et que ce silence était motivé par des raisons considérées à notre époque comme bassement matérielles : raison d'Etat, intérêts économiques, ambition personnelle.
Quelles sont les éléments en sa faveurs ? Que face à la folie des Nazis, des grands chefs aux simples rouages comme Eichman, il fit tout ce qui était humainement possible pour sauver des vies et soulager les souffrance des Juifs ; qu'une prise de position formelle aurait provoqué de brutales représailles de la part des Nazis, et aurait gelé substantiellement toute action ultérieure de l'Eglise catholique en faveur des Juifs. Pie XII écrivit le 2 juin 1943 au Collège des cardinaux : "Chaque mot que nous adressons aux responsables des autorités, et chacune de nos déclarations publiques doivent être sérieusement pesées et considérées dans l'intérêt des persécutés eux-mêmes, afin de ne pas rendre leur situation inconsidérement plus difficile et insupportable." 1

La défense et l'accusation, pour filer la métaphore, ont toutes deux exposé leur position fortement et publiquement, puisant matière à leurs arguments autant que possible dans les rapports sur les activités de Pie XII à notre disposition, la connaissance de la personnalité du pape, et les souvenirs personnels.
Il y a une documentation considérable témoignant de la crainte du pape Pie XII qu'une prise de position formelle aggraverait, et n'améliorerait pas, les conditions des persécutés. Ernst von Weizsacker, l'ambassadeur d'Allemagne au Vatican pendant la guerre, écrit dans ses mémoires :
"Même les institutions d'importance mondiale, comme la Croix-Rouge ou l'Eglise catholique romaine, ne jugèrent bon d'interpeler Hitler au sujet des Juifs ou même d'en appeler ouvertement à la compassion du monde. Ce fut précisément parce qu'elles voulaient aider les Juifs que ces organisation se sont abstenues de déclarations générales ou publiques ; elles craignaient que cela ne desserve plutôt que n'aide les Juifs concernés." 2
Le silence de Pie XII, rappelons-le, s'étendait également aux persécutions contre les catholiques. Malgré son intervention, 3000 prêtres catholiques furent assassinés par les Nazis en Allemagne, Autriche, Pologne, France et d'autres pays. Des écoles catholiques furent fermées, des publications catholiques interdites ou censurées, et des églises catholiques fermées. La possibilité d'une prise de position publique du Vatican amena le ministre allemand des affaires étrangères à télégraphier le 24 janvier 1943 :
"Au cas où le Vatican s'opposerait à l'Allemagne soit politiquement, soit par de la propagande, il doit être clair et sans amibigüité que l'aggravation des relations entre l'Allemagne et le Vatican n'aurait pas uniquement des effets négatifs sur l'Allemagne seule. Au contraire, le gouvernement allemand disposerait de suffisamment de moyens de propagande et de rétorsion pour contrecarrer toute velléité de la part du Vatican." 3

Pie XII put mesurer à sa juste valeur le sérieux des menaces allemandes avec la protestation des évêques hollandais contre les rafles de Juifs, car immédiatement après cette protestation, et ce fut confirmé par un officier SS, en réponse directe, les Nazis accélérèrent leurs activités anti-juives aux Pays-Bas : une semaine après que la lettre pastorale fut lue dans toutes les églises de Hollande, les SS interpellèrent tous les prêtres, religieux et religieuses ayant ne serait-ce qu'une goutte de sang juif, pour les déporter en camp de concentration. 4 Pie XII, ses évêques et nonces dans les états occupés par les Nazis savaient, comme tout homme sain d'esprit face à un forcené le doigt sur la gachette de sa mitraillette, qu'Hitler et ses sbires ne pouvaient pas être considérés comme des êtres humains civilisés. L'archevêque Andrea Cassulo, nonce du pape en Roumanie, déclara en juin 1942 : "Je dois procéder prudemment, car mes [actions] pourraient ruiner au lieu de soutenir tant de personnes désespérées que je dois souvent écouter et aider." 5
La décision du pape de s'abstenir de toute condamnation formelle à propos du traitement des Juifs par les Nazis fut approuvée par de nombreux Juifs. Un couple de Berlinois, M. et Mme Wolfsson, vinrent à Rome après avoir été jetés en prison et en camp de concentration. Ils furent abrités dans un couvent de religieuses allemandes, tandis que Pie XII lui-même, qu'ils avaient vu pendant une audience, s'arrangea pour les exfiltrer en Espagne. Se rappelant ces terribles journées, les Wolfsson déclarèrent récemment :
"Aucun de nous ne voulait que le pape prenne ouvertement position. Nous étions tous des fugitifs, et les fugitifs n'aiment pas qu'on parle d'eux. Cela aurait d'avantage excité la Gestapo et aurait intensifié les perquisitions. Si le pape avait protesté, Rome serait devenu un centre d'attention. Il valait mieux que le pape ne dise rien. Nous partagions tous cette opinion à l'époque, et c'est encore notre conviction aujourd'hui." 6
Dans une lettre au London Times du 15 mai 1963, Sir Alec Randall, ancien ambassadeur au Vatican, commente ainsi :
"D'autres que Pie XII eurent à affronter semblable dilemme cornélien. Le cardinal de Pologne, Prince Sapieha, implora Pie XII de ne pas protester publiquement, comme cela ne faisait qu'augmenter les persécutions contre son peuple. La Croix-Rouge Internationale s'abstint de protester car elle craignait de voir stopper son travail dans les pays contrôlés par l'Allemagne. Les gouvernements britanniques et américains furent accusés de brutale indifférence envers le sort des Juifs, parce qu'ils ne réussirent pas à les sortir des griffes des Nazis avant que ce ne fut trop tard. Mais accéder à ce type de demande n'aurait fait que prolonger la guerre."

Les écrits des défenseurs de Pie XII - entre autre Sir d'Arcy Osborne, Mgr. Alberto Giovanetti, père Robert Leiber et Harry Greenstein, 7 qui représentent trois religions et quatre nationalités - font ressortir deux éléments de la philosophie personnelle du pape dans sa décision de s'abstenir de toute condamnation explicite des nazis, en plus des raisons pratiques. Tout d'abord, il considérait de son plus haut devoir d'être pasteur de l'Eglise universelle, et à ses yeux, cette position nécessitait la plus stricte neutralité. Deuxièmement, en tant que diplomate chevronné, il ne savait que trop bien que les temps ou une sanction papale était prise au sérieux étaient révolues depuis longtemps, comme le souligne Sir Alec Randall 8 ; nous avons déjà vu combien son appréciation était correcte. L'ère du renouveau spirituel et morale introduit par le pontificat de Jean XXIII ne s'était pas encore levé.
Ce qui sous-tend tout ce que fit le pape est résumé par ces mots adressés à l'archevêque Angelo Roncalli, plus tard pape Jean XXIII, alors nonce apostolique et venu d'Istanbul rencontrer Pie XII : "il faut avant tout sauver des vies humaines." 9
L'un des témoignages les plus forts sur les sentiments bienveillants de Pie XII envers les Juifs vient d'un entretien non publié que j'eus avec Dr Herman Datnyer, urologue distingué. En 1940, le Dr Datyner, aidé par ses contacts internationaux, s'échappa de Varsovie vers l'Italie, où, comme tous Juifs et étrangers, il fut arrêté. Il fut alors expédié d'un camp à l'autre et passa un total de quatre ans en internement. Des ordres étaient envoyés à ces camps, mais chaque instruction était ou sabotée ou gelée, et les détenus savaient parfaitement que l'intervention en leur faveur venait directement du Vatican.
En 1945, en tant que membre de la Conférence Inter-Alliée pour les Réfugiés et représentant spécial pour tous les groupes et organisations de réfugiés Juifs en Italie, le Dr Datyner demanda et obtint une audience avec Pie XII afin de remercier le souverain pontife de son aide et de son secours pendant la guerre. Il se souvint d'une partie de la conversation avec Pie XII, et le répète avec émotion aujourd'hui :
"Oui, je connais, mon fils, toutes les souffrances que vous les Juifs avez endurées. Je suis désolé, vraiment désolé de la perte de votre famille. J'ai été moi-même beaucoup éprouvé (...) sachant les souffrances des Juifs, et j'ai essayé de faire ce qui était en mon pouvoir afin de rendre votre sort plus tolérable (...). Je prierai Dieu pour que le bonheur revienne vers vous, pour votre peuple. Dites-leur ceci."

L'accusation s'est donc ralliée derrière un jeune dramaturge allemand appelé Rolf Hochhuth, dont la pièce, "Der Stellvertreter" (Le Vicaire), d'abord jouée à Berlin le 20 février 1963, et à Londres le 25 septembre, convoie un message résumé dans les mots d'un de ses principaux protagonistes, le jeune jésuite Riccardo Fontana : "Un vicaire du Christ qui voit ces choses devant ses yeux et reste cependant silencieux pour des raisons d'Etat, qui tarde ne serait-ce qu'une journé, (...) un tel pape (...) est-il un criminel ?"
Pour renforcer son accusation, M. Hochhuth ajoute 46 pages de documentation à la pièce10, et des citations extraites notamment d'écrits de deux penseurs contemporains reconnus: le catholique François Mauriac, et le Juif Léon Poliakov.
La documentation que l'auteur présente a impressionné bon nombre de personnes, tout spécialement les critiques, dont la plupart mentionne ces accusations factuelles dans leur compte-rendu. Les efforts de Hochhuth sont effectivement louables, bien qu'un étudiant en histoire remarquerait - de façon flagrante - le parti pris créé par les lacunes (l'auteur ne s'intéresse uniquement, bien sûr, qu'à ce qui va dans le sens de sa thèse), et - plus subtilement - les conclusions injustifiées. Un exemple se trouve ainsi à la page 312 de l'édition anglaise de la pièce, où Hochhuth écrit :

"Mais ce que Donati rapporta au Centre de Documentation Juive Contemporaine (Document CC XVII-78) sur l'attitude officielle des diplomates du Saint-Siège mériterait d'être cité. A l'automne 1942, Donati obtint une note relative à la situation des Juifs dans le sud de la France envoyée par l'agence du père général des Capucins, dans laquelle il demande l'assistance du pape. La réponse ne fut pas encourageante."
Le Centre de Documentation Juive Contemporaine à Paris contient une documentation abondante et fiable sur les relations entre Angelo Donati, un Juif par qui (Hochhuth le souligne) beaucoup de ces co-religionnaires durent d'avoir la vie sauve, et le père capucin Marie-Benoît, ainsi que sur la réponse originale du Vatican aux demandes de Donati et d'autres ; je résumerai cette documentation plus loin dans cet article. La conclusion de Hochhuth, que l'"assistance papale" ne fut pas encourageante, ne peut pas être autre chose qu'une distortion délibérée des faits.
L'une des citations qui apparaissent au début des éditions anglaises et allemandes du "Vicaire" souffre de distortion similaire. Pour rendre justice à Hochhuth, quand on lui demanda des comptes à ce sujet, il promit de faire des corrections dans l'édition anglaise, ce qui fut fait. Dans l'édition allemande, M. Mauriac est cité ainsi : "Nous n'avons pas eu la consolation d'entendre le successeur du galiléen Simon-Pierre condamner nettement et non par des allusions diplomatiques la mise en croix de ces innombrables frères du Seigneur.(...) Il reste qu'un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n'ont pas crié et quelles qu'aient été les raisons de leur silence." Il manque cependant la phrase du milieu ** - que Hochhuth rétablit dans l'édition anglaise de la pièce - qui dit : "nul doute que l'occupant n'ait eu des moyens de pression irrésistibles, et que le silence du pape et de la hiérarchie n'ait été un affreux devoir ; il s'agissait d'éviter de pires malheurs." 11 Mauriac, comme Poliakov, nous le verrons, n'était pas évidemment sourd au terrible dilemme qui tenailla Pie XII, nonobstant les citations tronquées de Hochhuth.

La thèse du Dr Poliakov, dans son livre "Les Juifs sous l'occupation italienne et ailleurs" fut la même ; d'accord, le pape Pie XII déploya aide et réconfort pour les Juifs, le bilan est tout à fait clair sur ce point - mais il n'en a pas fait assez. Cet "assez" aurait du être une ferme protestation, une déclaration formelle du Vatican contre la "solution allemande au problème juif". Pourtant, Poliakov indique aussi que pendant ces temps de terreur sous Hitler, le clergé a agit infatiguablement pour procurer une aide humaine, avec l'approbation et l'appui du Vatican. De plus :
"Cette aide directe donnée aux juifs persécutés par le pape en tant qu'évêque de Rome, fut l'expression symbolique d'une activité qui s'est déployée à travers toute l'Europe, encourageant et promouvant les efforts manifestés par les Eglises locales catholiques dans la majorité des pays. Il est certain que des instructions secrètes furent données par le Vatican, exhortant les Eglises locales à intervenir en faveur des Juifs." 12
Ces instructions, ajoute Poliakov, rendaient les instructions spéciales et les déclarations du pape inutiles. Il est bien connu qu'en 1940, Pie XII envoya une instruction secrète aux evêques catholiques d'Europe intitulée Opere et Caritate (Par le travail et la charité). Cette lettre débutait par une citation de l'encyclique de Pie XI fustigeant les doctrines nazis, "Mit brennender Sorge" (Avec une vive inquiétude), et ordonnant que tous les peuples souffrant de discriminations raciales aux mains des Nazis bénéficient d'une aide adéquate. La lettre devait être lue dans les églises avec pour commentaire que le racisme était incompatible avec l'enseignement de la foi catholique.
La position de Poliakov, en conséquence, est essentiellement négative, bien que remarquablement nuancée :
"Les activités humanitaires du Vatican furent par nécessité circonscrites par la prudence et la méfiance. Les immenses responsabilités reposant sur les épaules du pape et les armes puissantes que les Nazis pouvaient utiliser contre le Saint-Siège se combinèrent indubitablement pour l'empêcher de faire une protestation formelle et publique, bien que les persécutés espéraient ardemment l'entendre. Il est triste de devoir dire que durant la guerre entière, tandis que les laboratoires de la mort fonctionnaient à plein régime, le pape garda le silence." 13

C'est un fait établi, bien sûr, que le pape Pie XII s'est abstenu de toute attaque verbale directement adressée contre le Troisème Reich ; les déclarations qu'il fit pendant la guerre, à de rares exceptions, étaient une expression générale de tristesse et de compassion pour toutes les victimes des oppressions quelles qu'elles soient, et ne nommèrent personne précisément. Ainsi que l'écrivit von Weizsacker dans un rapport au ministère des affaires étrangères de Berlin le 28 octobre 1943 :
"Sans tenir compte des conseils de beaucoup, le pape ne s'est pas encore persuadé de faire une condamnation officielle des déportations des Juifs de Rome. Bien qu'il doit s'attendre que son attitude soit critiquée par nos ennemis et attaquée par les protestants dans les pays anglo-saxons, qui l'utiliseront pour leur propagande anticatholique, il a jusqu'ici réalisé l'irréalisable dans ces circonstances délicates afin de ne pas mettre sous pression les relations avec le gouvernement allemand et avec ses représentants à Rome; Comme il est couramment admis que les Allemands ne prendront pas de mesures supplémentaires contre les Juifs de rome, la question de notre relation avec le Vatican devrait être considérée close."
Dans tous les cas, il apparait que tel est le point de vue du Vatican. L'Osservatore Romano du 25-26 octobre, toutefois, publia une déclaration officielle sur les activités humanitaires du pape. La déclaration, formulée dans les termes habituellement vagues et abstraits du Vatican, dit que le pape exprime sa sollicitude paternelle pour tous les hommes sans considération de race, nationalité ou religion. Les nombreuses actions du pape seraient ainsi augmentées pour ceux qui souffraient de tant de malheur.
On ne peut soulever aucune objection à cette déclaration, car peu y reconnaitrait une allusion directe au problème des Juifs. 14

D'après un article de mars 1961, "Pie XII et les Juifs, 1943-1944", paru dans le journal jésuite Civilita Cattolica par le père Leiber, secrétaire personnel de Pie XII entre 1924 et 1959, le pape ne dénonca une procédure illégale qu'une seule fois de toute la guerre ; l'invasion allemande de la Hollande, Belgique et du Luxembourg le 10 mai 1940 provoqua les célèbres télégrammes destinés aux chefs de ces trois pays envahis. Ces messages exceptés, Pie XII suivit la politique de Benoît XV pendant la première guerre mondiale, et protesta en termes généraux contre les injustices et violences quelles qu'elles soient.
Mais est-il juste de dire que Pie XII fut réellement silencieux au sujet des atrocités nazis ? S'il avait purement ignoré le sort des Juifs, le terme serait approprié ; s'il avait parlé directement en leur faveur, il aurait sans doute été traité aujourd'hui d'inconscient - même si nous admettions la logique aboutissant aux conclusions de ses accusateurs. De fait, il choisit une troisème voie, celle dictée par sa longue expérience d'homme d'Etat au Vatican et par son ardent désir de sauver des vies.

Beaucoup de personnes ont repris le débat, et certains de leurs arguments seront cités dans le présent article. Rolf Hochhuth était encore enfant pendant la période en question ; de plus, sa motivation première était d'écrire une bonne pièce et non un dossier précis ; et sa perspective historique - comme pour nous tous - est insuffisante pour une juste critique des actions de Pie XII. S'il était le seul accusateur nous pourrions ignorer le sujet, cependant trop de bruit a été fait autour de cette tragédie dans la tragédie. Mais la controverse, talonnant la question du Dr Anna Arendt, à savoir pourquoi les Juifs ne se sont pas mieux défendus, a entrainé plus d'intellectuels dans son sillage. Quelques responsables Juifs qui n'avaient que des mots de louanges pour les efforts de Pie XII envers les Juifs pointent à présent un doigt accusateur sur lui, reniant un support long de quinze ou vingt ans.
Je pense qu'il serait bon d'examiner en détail le dossier, tel que nous le connaissons maintenant, sur ce que Pie XII a vraiment dit et fait, comment ses paroles et ses actions furent reçues à la fois par les catholiques et les non-catholiques, et - peut-être le plus important - quelles intentions pouvaient-on lui prêter ; car dans nos cultures occidentales, l'intention est un facteur essentiel dans toutes les interrogations portant sur la probité d'un homme.

Que le pape fut un farouche adversaire du racisme que les Nazis promouvaient est une évidence demontrée par son oeuvre avant son élection au pontificat. Le fameux "Mit brennender Sorge" porte la patte de Pacelli, alors secrétaire d'Etat au Vatican ; plus directement, comme légat du pape, Pacelli prononça ces fortes paroles devant 250 000 pèlerins à Lourdes le 28 avril 1935 :
"Ils [les Nazis] ne sont en réalité que de pitoyables plagiaires qui déguisent de vieilles erreurs sous des nouvelles paillettes. Cela ne fait aucune différence s'ils s'attroupent sous la bannière d'une révolution sociale, s'ils sont guidés par une fausse conception du monde et de la vie, ou s'ils sont possédés par la supersitition de la race et le culte du sang." 15
Pacelli se fit de toute évidence parfaitement comprendre, car les gouvernements facistes à la fois d'Italie et d'Allemagne s'élevèrent vigoureusement contre la possibilité qu'il soit élu à la succession de Pie XI en mars 1939, bien que le cardinal secrétaire d'Etat servit comme nonce du pape en Allemagne de 1917 à 1929, et fut décisif dans la signature du concordat entre l'Allemagne et le Vatican. Le lendemain de son élection, le "Berlin Morgenpost" écrivit : "L'élection du cardinal pacelli n'est pas vu d'un bon oeil en Allemagne car il s'est toujours opposé au Nazisme et fut celui qui a effectivement défini les politiques du Vatican de ses prédecesseurs."
Comme je l'écrivit dans le bulletin d'octobre 1958 de la Ligue Anti-Diffamation, le nouveau vicaire du Christ ne baissa pas de ton après son élection pour dénoncer les brutales politiques d'Hitler ; le pape Pie XII fut identique au prêtre Pacelli. Von Ribbentrop, à qui fut accordée une audience officielle le 11 mars 1940, s'engagea dans une longue harangue sur l'invincibilité du Troisième Reich, l'inévitable victoire nazie, et la futilité d'un alignement du pape avec les ennemis du Führer. Pie XII écouta von Ribbentrop poliment et impassiblement. Puis, il ouvrit un énorme livre de compte sur son bureau, et, dans un Allemand impeccable, commença à lui lire le catalogue des persécutions infligées par le Troisième Reich en Pologne, citant la date, le lieu, et les détails précis de chaque crime. L'audience fut terminée. La position du pape fut clairement inébranlable.
"Summi Pontificatus", la première encyclique de son pontificat, publiée le 20 octobre 1939, attaqua durement les doctrines des totalitarismes, le racisme, et le matérialisme.
On peut lire dans cette encyclique : "la première de ces pernicieuses erreurs, aujourd'hui si répandues, est le mépris de cette loi humaine de solidarité et charité dictée et imposée (..) par une origine commune et l'égalité dans la nature rationnelle de tout homme, sans considération du peuple auquel ils appartiennent." 16 Dans son message de Noël de 1942 et en termes similaires le 2 juin 1943, il déplora le traitement des "(...) centaines de milliers de personne, qui, sans qu'aucune faute ne leur soit imputable en propre et par le simple fait de leur nationalité ou race, ont été condamnés à mort ou à une extinction progressive(...)." C'est une consolation pour Nous que, par l'assistance morale et spirituelle de Nos représentants et par Notre asssistance financière, nous avons pu réconforter beaucoup de réfugiés, sans domiciles, et émigrants, y compris des non-aryens." 17

Cette assistance fut d'une valeur inestimable. Elle peut être divisée sommairement en deux catégories que Pie XII mentionne dans l'allocution ci-dessus : le travail des représentants du Vaticans - les nonces, évêques, clergé, religieux et laïcs, et l'assistance financière et autres services matériels donnés aux persécutés directement par le Vatican, ou à travers les appels du Saint-Siège.

Au nom des Juifs de Slovaquie, Pie XII, intervint directement, et - contrairement aux allégations de ses accusateurs - en termes univoques. Une ordonnance du gouvernement, simplement appelé "Code juif", passa le 9 septembre 1941, singeant les lois antisémites du Troisième Reich. Une longue note fut préparée par le secrétaire d'Etat du Vatican et transmise le 12 novembre au représentant slovaque au Saint-Siège, Karl Sidor. Voici ce qu'on peut en lire :
"(...) Avec une profonde tristesse le Saint-Siège a appris qu'en Slovaquie également, un pays dont presque toute la population honore la meilleure tradition catholique, une "ordonnance du gouvernement" fut prise le 9 septembre promulgant une "législation raciale" spéciale et contenant diverses dispositions ouvertement contraires avec les principes catholiques. En réalité, l'Eglise, universelle par la volonté de son divin fondateur, accueille en son sein les peuples de toutes les races, et considère toute l'humanité avec une maternelle sollicitude dans le but de créer et développer parmi tous les hommes des sentiments de fraternité et d'amour, en accord avec l'enseignement explicite et catégorique de la Bible." 18
Cinq semaines plus tôt, les évêques slovaques envoyèrent une note de protestation à Jozef Tiso, Président de cet état fantoche : "(...) Il n' a pas échappé à l'attention d'un obervateur consencieux que la conception philosophique sur la base de laquelle la présente ordonnance a été établie est une idéologie raciste (...). Il n'est pas dans notre intention d'énumérer ici toutes les dangereuses erreurs que cette doctrine cache en elle (...). Nous souhaitons simplement rappeler que la théorie matérialiste du racisme est en contradiction directe avec l'enseignement de l'Eglise catholique sur l' origine commune de tous les hommes d'un unique Créateur et Père, sur l'égalité substantielle des hommes devant Dieu soulignée par l'"apôtre des gentils", sur la destinée surnaturelle commune aux hommes en conséquence de l'oeuvre universelle de rédemption du Christ. (...) Le soi-disant "Code juif" viole la loi naturelle et la liberté de conscience individuelle." 19
Ce n'est là qu'une parmi de nombreuses protestations directes de Pie XII ou ses évêques contre les persécution ou déportations des Juifs slovaques. Ceci amena le premier Ministre Vojtech Tuka à écrire le 3 mars 1943 :
"Il est incompréhensible pour le gouvernement que les cercles ecclésiastiques et spécialement le clergé catholique ajoutent tant de protestations contre l'élimination des Juifs, qui furent dans le passé responsables de tant de malheurs pour le peuple slovaque (...). Le clergé slovaque sauf quelques honorables exceptions a rarement montré un tel zèle pour les intérêts de son propre peuple comme il le fait maintenant pour les intérêts des Juifs, et dans beaucoup de cas même pour ceux qui n'ont pas été baptisés." 20
En dépit de ceci et d'autres refus verbaux aux protestations de la hiérarchie catholique, les plaintes de Pie XII furent finalement écoutées ; bien que 70 000 Juifs furent déportés de la nouvelle république pro-nazie, le nonce apostolique à Bratislava réussit à obtenir la promesse du gouvernement fantoche que les futurs projets de déportations seraient largement laissés de côté. Mais quand les Allemands occupèrent la Slovéquie au début de l'automne 1944, le semblant d'indépendance que le pays avait maintenu pendant cinq ans disparut, et avec le répit chèrement acquis pour le reste de la population juive. Sous la pression du Vatican, le gouvernement slovaque protesta contre les brutalités contumières envers les Juifs, mais en vain. Tout ce que le pape pouvait faire à présent était de continuer à exprimer ses inquiétudes. Un télégramme envoyé en octobre à l'archevêque Roncalli à Istanbul indique que le Saint-Siège, "malgré les croissantes difficultés, y compris concernant les moyens de communications, suit toujours avec une extrême attention le sort des Juifs de Slovaquie et de Hongrie, et fera tout ce qui est en son pouvoir pour les aider." 21

Le nonce apostolique en Roumanie, Mgr Andrea Cassulo, exerça sa considérable autorité spirituelle et diplomatique en faveur des Juifs tout au long de la guerre ; il fit une premiere démarche officiel dès le 16 février 1941. Il travailla infatigablement pour arracher au gouvernement la permission d'envoyer les orphelins juifs en Palestine, et avec quelques succès. Le 20 octobre, il formula une protestation officielle auprès de Mihail Antonescu, ministre des Affaires Etrangères, contre les plans du gouvernement de régler la question juive, et fut connu de la population juive de Roumanie pour ses inlassables intercessions, et comme une source inépuisable d'assistance. 22
Grâce à ses étroits contacts avec le grand rabbin de Roumanie Safran pendant toute la guerre, l'archevêque Cassulo se tint informé ainsi que le Vatican sur les conditions de vie des Juifs roumains, spécialement ceux qui étaient internés dans les camps de concentration au-delà du Dniepr. En 1942 et 1943, encouragé par le pape Pie XII, le nonce visita nombre de ces camps, et demanda à Rado Lecca, le responsable des affaires juives, de réduire les souffrances dans les camps ; dès juin 1943, le rabbin Safran pu l'informer que les conditions s'étaient notablement améliorées en conséquence. 23
L'intérêt du Saint-Siège pour le sort des Juifs roumains est attesté par les propres messages et mémoires officiels de l'archevêque Cassulo, ainsi que les témoignages du rabbin Safran. Le 24 novembre 1942, le nonce apostolique envoya une note à Mihail Antonescu déclarant :
"Depuis que le gouvernement roumain s'est cru obligé d'examiner les divers aspects de la question juive en Roumanie et de la régler en accord avec les intérêts du pays, le Saint-Siège s'est inquiété, au-dessus de toute autre considération, pour le respect qui doit être assuré à toute personne innocente qui est abandonnée et sans support." 24
La note, écrite immédiatement après le retour de l'archevêque Cassulo d'une visite à Rome, parvint à une période particulièrement dangereuse pour les Juifs roumains. Le Troisième Reich exerçait alors d'intenses pressions pour obtenir des déportations en masse des Juifs vers l'Est, au-delà du fleuve Bug où la police allemande sévissait. De l'opinion de beaucoup de membres du corps diplomatique à Bucarest, les demandes du nonce provoquèrent d'abord de la suspension des projets de déportations et ensuite leur report à l'année suivante. 25
La communauté juive de Roumanie demanda à l'archevêque Cassulo le 14 février 1943, de transmettre toute leur gratitude au pape Pie XII pour l'aide du Vatican et de sa nonciature.26

Un certain Dr Frederic, jeune agent au ministère allemand des affaires étrangères, fut envoyé faire le tour de divers pays, occupés directement par les Nazis ou satellites, pour se renseigner sur leur sentiment envers les Allemands. Ainsi que l'écrivit Frédéric dans un rapport confidentiel à son ministère daté à Berlin du 19 septembre 1943, sa réunion à Lwow avec les leaders ukrainiens et le Métropolite Sheptytsky fut loin d'être réjouissante ; le Métropolite resta intransigeant disant que le massacre de Juifs était un acte inadmissible et Frédéric commente : "Dans ce dossier le métropolite fit la même déclaration et usa des même expressions que les évêques français, belges et hollandais, comme si tous avaient reçu les mêmes instructions du Vatican." 27

Les actions entreprises pour aider les Juifs en Hongrie prirent de multiple formes. Pendant l'été 1944, le nonce du pape, Mgr Angelo Rotta, mit en garde ce pays le premier jour de la déportation des Juifs, que le monde entier savait ce que cela signifiaient réellement ; le 25 juin 1944, il envoya à Miklos Horthy une lettre qui était une ferme protestation du pape. 28 Avant le massacre des Juifs hongrois par les fascistes, la Hongrie répondit aux pressions du Vatican, offrant l'asile aux réfugiés juifs de Pologne et de Slovaquie. Par la suite, alors que la Hongrie était plongée dans un bain de sang, le Vatican notifia aux nonces en poste à Budapest et à Bratislava de suivre la situation, et faire tout ce qu'ils pourraient pour le bien-être des réfugiés Juifs. 29
Au même moment, le pape envoya le message suivant au Congrès Juif Mondial, avec qui il était en communication pendant la guerre :
"Dès que les rapports parvinrent au Saint-Siège en l'informant que la situation des Juifs de Hongrie s'aggravait, des mesures furent immédiatement prises pour assister ces personnes et soulager leur condition. Le Saint-Siège donne l'assurance qu'il continuera d'agir en faveur de ces Juifs. Suivant les instructions du Saint-Siège, la nonciature apostolique à Budapest est intervenue à de nombreuses reprises auprès des autorités Hongroises pour que les mesures injustes et violentes ne soient pas prises contre les Juifs de ce pays. Les évêques de Hongrie sont engagés dans une intense activité en faveur des Juifs persécutés. L'action de la part de la nonciature et des évêques continuera aussi longtemps que nécessaire (...). le Saint-Père (...) a envoyé un télégramme personnel au cardinal [archevêque d'Esztergom], et dans cette communication Sa Sainteté manifesta encore son intérêt sincère à promouvoir le bien-être de tous ceux qui sont exposés à la violence et à la persécution à cause de leur race, de leur religion, ou en raison de leurs idées politiques. Le Saint-Père donne l'assurance qu'il fera dans le futur comme il le fit dans le passé, tout en faveur de ces populations en Hongrie où dans les autres pays européens." 30

Les paroles du pape, aussi discrètes furent-elles, refletèrent à peine l'intense activité du clergé. Le nonce s'exprima publiquement avec force, comme le firent les évêques hongrois, et en même temps entreprit autant d'opérations de sauvetage qu'il lui était possible. Aidés par des prêtres et religieuses, lui et les évêques abritèrent plusieurs milliers de Juifs, distribuèrent des faux-papiers, fournirent des informations, des vêtements et de la nourriture ; Laszlo Endre, sous-secrétaire à l'Intérieur dans le gouvernement pro-nazi, déclara amèrement "qu'en ce qui concernait l'aide envers les Juifs, prêtres et religieux (...) sont malheureusement en première ligne. Jamais il n'y a eu autant de protections et d'interventions que ces jours-ci." 31

Le 19 avril 1942, les évêques catholiques hollandais publièrent une lettre pastorale lue dans toutes les églises catholiques à travers le pays, condamnant les traitements "impitoyables et injustes infligés aux Juifs par les dirigeants de notre pays." 32 Et dans un télégramme du 11 juillet 1942, les évêques exigèrent la suspension des mesures de coercition contre les Juifs baptisés ou non. Mais les déportations continuèrent. Le 26 juillet, les évêques se joignirent aux représentants des autres communautés religieuses pour dénoncer les mesures illégales des Nazis, mais la réponse, nous l'avons vue, se traduisit par des arrestations en masse de catholiques et de Juifs, et parmi eux du Dr Edith Stein, convertie au catholicisme et religieuse, déportée à Auschwitz. 33

En France, comme ailleurs où des êtres humains étaient victimes des Nazis, l'intention de Pie XII était d'utiliser les ressources spirituelles et matérielles du Vatican aussi largement que possible pour aider les oppressés dans leur misère. Son action fut délibérément discrète ; nous savons combien il était intimement persuadé qu'une attaque par le Vatican de la politique de l'Axe provoquerait aux mieux des interférences et au pire un empêchement complet des efforts de l'Eglise. Cependant, ses exhortations aux catholiques de rester fidèle aux principes d'humanité de leur religion, comme son message aux évêques de faire tout ce qui était en leur pouvoir, dans les limites de leur situation locale, étaient tout à fait claires dans leurs implications. Fin juin 1943, Radio Vatican avertit les Français que celui qui ferait une distinction entre les Juifs et les autre serait infidèle à Dieu et à ses commandements. 34 Les évêques catholiques et les prêtres avaient depuis longtemps suivi ces recommandations, ainsi que l'attestent deux lettres pastorales. La première, émanant de l'archevêque (et futur cardinal) Jules Géraud Saliège de Toulouse et lue le 23 août, fait fortement écho aux principes soulignés maintes et maintes fois par Pie XII :
"Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnait des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l'homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n'est au pouvoir d'aucun mortel de les supprimer. Que des enfants, des femmes, des hommes , des pères et mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d'une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères, comme tant d'autres. Un chrétien ne peut l'oublier." 35
Une semaine plus tard les prêtre du diocèse de Montauban lurent à leur congrégation une lettre de leur évêque, Pierre-Marie Théas :

Lettre Mgr. Théas
Lettre manuscrite Mgr. Théas

"Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne et je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères parce que créés par le même Dieu ; que tous les hommes, quelles que soient leur race ou religion, ont droit au respect des individus et des Etats.Or, les mesures antisémitiques actuelles sont un mépris de la dignité humaine, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille." 36

Que les exhortations de Pie XII furent efficaces, et que les officiels locaux chargés de "la question juive" reconnurent ce fait, il ne peut y avoir aucun doute. Témoin une communication au colonel SS Knochen au début de l'été 1943 concernant le sud-est de la France, sous occupation italienne :

"Une propagande insidueuse exploite les différences de conceptions entre les gouvernements allemand et italien concernant la solution apportée au problème juif. La problématique est la suivante : en premier, la pertinence des mesures appliquées ; et en second lieu, leurs conceptions chrétiennes et catholiques en tant qu'inspirées par le Vatican." 37
La façon dont le Vatican fut réceptif aux propositions d'aider les Juifs est illustrée par l'histoire à présent légendaire du père Marie-Benoît de Marseilles. Les conditions en France devinrent particulièrement périlleuses pour les Juifs fin 1942 ; le gouvernement de Vichy avait promis de livrer 50 000 Juifs d'origines étrangères aux Allemands, et commença une chasse impitoyable ce même été, particulièrement dans les grandes villes de la côte méditerranéenne. Vichy avait laissé les Juifs se faufiler dans le sud-est de la France en zone "libre" pendant plusieurs années, au point que la population juive normale de quinze et quelque mille augmenta jusqu'à plusieurs dizaines de milliers quand les forces italiennes entrèrent dans cette zone le 11 novembre 1942. Père Marie-Benoît, un prêtre capucin, persuada non seulement l'inspecteur général de la police italienne à Nice, Guido Lospinoso, de ne pas exécuter les ordres de déportation, mais oeuvra - sans doute sous l'oeil délibérement fermé des autorités d'occupation italiennes - pour transformer son monastère à Marseille en véritable usine à sauvetage, éditant des passeports, des cartes d'identité, certificats de baptême, et lettres de recommendation d'employeurs pour les Juifs, et les faire exfiltrer en Espagne ou en Suisse. Mais le prêtre n'était pas encore satisfait de ces initiatives, et profita d'un voyage à Rome le 16 juillet 1943 - il fut convoqué par le gouvernement italien afin d'être censuré à cause de ses activités suspectes - pour présenter à Pie XII un plan de plus grande envergure. En substance, le plan prévoyait de collecter les informations sur les destinations où étaient déportés les Juifs de France, particulièrement vers l'Est en Silésie, là où se trouve Auschwitz ; d'obtenir un traitement plus humain des Juifs dans les camps de concentration français ; d'oeuvrer au raptriement des Juifs espagnols qui résidaient en France ; et de transférer quelque 50 000 Juifs français en Afrique du Nord où, au vu des succès militaires alliés, ils seraient en sûreté.
Le pape donna son accord avec enthousiasme au plan du père Marie-Benoît, et l'aida à obtenir des promesses de support des Anglais, des Etats-Unis, ainsi que d'organisations juives dans les pays alliés. Mais le projet échoua : avec la capitulation du gouvernement Badoglio face aux alliés, les troupes allemandes déferlèrent dans la zone italienne de France, et des milliers de Juifs s'enfuirent en catastrophe à travers les Alpes en Italie et en Suisse.
Déterminé à sauver ce qui pouvait l'être de son plan, le père Marie-Benoît entra à nouveau en contact avec le Vatican, qui l'aida à persuader le gouvernement espagnol d'autoriser ses consuls en France à fournir des titres de séjour à tous les Juifs qui pourraient prouver leur nationalité espagnole. En cas de doute, la décision finale resterait dans les main d'un arbitre impartial, le père Marie-Benoît. 38

En Belgique, les catholiques de Liège instituèrent la journée du 28 février 1943 journée de prière pour les Juifs persécutés à travers l'Europe. Comme l'écrit le journal catholique l'Appel des Cloches, "en communiant et priant ce dimanche pour le peuple juif persécuté, qui fut autrefois le peuple choisi de Dieu, nous agissons en accord avec les directives publiées par son éminence l'évêque." 39

Les actions de Pie XII en relation avec les Juifs d'Allemagne, que le pape connaissait bien en raison de ses douze années passées comme nonce apostolique, sont très significatives, car c'est d'Allemagne que provient cette image diffamatoire de pape criminel. Nombre de chrétiens allemands et de Juifs publièrent de véhéments démentis aux accusations de Hochhuth. Ils s'appuient pour cela sur les actions de Pie XII pour aider les Juifs à travers ses représentants en Allemagne. Mgr Walter Adolph, vicaire-général du diocèse de Berlin, écrivit un rapport des plus convaincants. Il indique que Pie XII, dans une correspondance précédemment non rendue publique avec l'évêque (puis cardinal) von Preysing de Berlin, l'encouragea ainsi que son clergé dans leurs protestations contre toute sorte d'inhumanité commise. Celle-ci est une des lettres typiques que Pie XII écrivit  :

"Nous vous sommes grés, cher frère, pour les mots clairs et francs que vous prononçâtes en différentes occasions à votre communauté de fidèles et à travers eux au public ; nous pensons notamment, entre autre, à votre déclaration du 28 juin 1942 sur la conception chrétienne du droit et de la justice ; à votre discours le jour des morts en novembre dernier sur les droits fondamentaux des êtres humains à la vie et la charité; nous pensons également à votre pastorale publiée pour l'Avent 1942 et destinée aux Eglises des provinces ouest-allemandes, sur les droits souverains de Dieu sur l'individu et la famille. 40
Nous savons par le journal de Goebbel que bien des lettres pastorales publiées en Allemagne pendant la guerre excitèrent le mépris et la haine des Nazis.
Une des lettres du pape à l'évêque von Preysing traite du dilemme central auquel fit face Pie XII pendant la guerre : "Nous laissons aux évêques sur place le soin de peser les circonstances pour décider où non d'exercer de la retenue pour éviter des maux plus grands. Celle-ci serait préférable si le danger de mesures de rétorsion ou de coercition était imminent en cas de déclarations publique par des évêques. Là se trouve l'une des raisons pour lesquelles nous-mêmes nous nous imposons de la retenue dans nos déclarations publiques. L'expérience que nous éprouvâmes en 1942 en publiant des documents pour les fidèles justifie, autant que nous pouvons en juger, Notre position." 41
L'histoire des interventions du Vatican contre les cruautés nazies envers les Juifs remontent à avril 1933, quand le pape Pie XI envoya une demande urgente au nouveau gouvernement d'Hitler de ne pas se lancer dans des initiatives antisémites. A partir de 1939, les archives publiques montrent d'inombrables intercessions du Vatican en faveur des Juifs, à la fois initiées par les plaintes des Juifs et d'autres sources, ou dûes aux initiatives personnelles de Pie XII. Beaucoup de prélats catholiques payèrent de leur vie leurs critiques du Reich et du traitement qu'il réservait aux Juifs. L'un d'eux, Mgr. Bernhard Lichtenberg, doyen de la cathédrale St Hedwig à Berlin, invita sa congrégation à prier pour les Juifs et prisonniers des camps de concentration après les pogroms de novembre 1938, et ses nombreuses protestations similaires provoquèrent son arrestation en octobre 1942. "Nous avons été réconfortés d'entendre (...) que les catholiques, spécialement les catholiques de Berlin, avaient manifesté leur charité envers les soi-disant non-aryens, et dans ce cadre nous voulons avoir une pensée spéciale de considération paternelle et de chaleureuse sympathie pour le père Lichtenberg, qui est en prison." 42 Le père Lichtenberg demanda volontairement son transfert pour le ghetto de Lodz, mais fut envoyé à Dachau à la place ; il mourut en chemin vers ce camp en novembre 1943. 43

Quelles furent les actions de Pie XII en Italie, son pays natal et entourant sa propre cité du Vatican ? Quelle fut sa réponse aux maux commis presque littéralement sous ses fenêtres, puisque le ghetto juif de Rome se trouve à deux pas du Vatican ? Dès le début de l'occupation allemande en Italie, les SS commencèrent la persécution des Juifs. Le 27 septembre 1943,un de leur commandant demanda à la communauté juive de Rome un paiement de quarante-cinq kilos d'or dans les trente-six heures, faute de quoi trois cents Juifs seraient emprisonnés. Le Conseil de la Communauté Juive se démena, mais ne fut capable de rassembler que trente kilos de ce précieux métal. Dans ses mémoires, le grand rabbin de Rome Zolli raconte qu'il fut envoyé au Vatican, où les dispostions étaient déjà prises pour le recevoir en tant qu'ingénieur chargé d'auditer un problème de construction, afin que la Gestapo, qui surveillait le vatican, ne l'empêche pas d'entrer. Il fut conduit au trésorier. 44 Il y a aujourd'hui des divergences entre les principaux protagonistes impliqués - Zolli, d'autres Juifs éminents, et le père Robert Leiber - sur la quantité d'or exigé en rançon et si le Conseil de la Communauté emprunta l'or finalement ; mais il est inconstable que le Vatican en fit l'offre.
Dès les premiers jours de la guerre, le pape Pie XII distribua des sommes d'argents encore non-évaluées pour aider les Juifs à travers l'Europe. La propre agence pour les réfugiés du Vatican et la Société St Raphaël fournirent une aide financière et matérielle dans une mesure que nous ne pourrons deviner tant que les archives du Vatican ne s'ouvrent pas, mais les sommes qui passèrent dans les mains des pères Pallottins, qui administraient la Société St Raphaël et qui me donnèrent gentiment un accès à leurs archives, furent très importantes. En plus de cela, le pape Pie XII supervisa la réception et la mise à disposition des fonds envoyés à son attention par divers donateurs individuels ou groupes d'Europe et des Amériques, notamment le Comité Catholique des Réfugiés des Etats-Unis. Les Juifs américains confièrent également au pape de larges sommes, qui furent distribuées selon les souhaits des donateurs ; le père Leiber estime que Pie XII reçut ainsi quelques deux milliards de lire des Juifs d'Amérique jusque fin 1945. 45

Pie XII était aussi sensible aux besoins spirituels des Juifs pendant la guerre qu'à leurs besoins matériels. Aucun des nombreux services du Vatican pour les réfugiés ne travaillèrent plus dur à cette tâche que l'"Uffizio Informazioni Vaticano", à qui Pie XII assigna la mission difficile de collecter les informations sur les parents des Juifs d'Italie qui étaient internés ou dispersés dans différents pays. Le Département Allemand de l'Office de Renseignement reçut un total de 102 026 demandes d'information concernant les Juifs encore en Allemagne entre 1941 et 1945, et fut capable d'apporter 36 877 réponses, malgré le fait que la guerre se prolongeant, il ne put mettre en oeuvre que quelques canaux officiels d'enquête, à cause du danger qu'une enquête directe aurait fait peser sur la personne recherchée.
Quand les Nazis interdirent aux Juifs de pratiquer le sacrifice rituel, le pape autorisa l'accès au Vatican de "shohetim" pour procéder aux sacrifices rituels et stocker la nourriture pour les Juifs qui y avaient trouvé refuge. Beaucoup de citoyens juifs expulsés de leurs postes gouvernementaux, scientifiques ou enseignants, furent invités par le Vatican ; le président et deux professeurs de l'université de Rome et un célèbre géographe, tous des Juifs expulsés par les Fascistes, obtinrent des postes importants au Vatican. Bernard Berenson, qui préféra rester en Italie pendant la guerre, trouva asile dans une villa près de Florence qui appartenait au ministre du Saint-Siège pour la république de San Marin, afin qu'il puisse continuer de travailler et de vivre loin des tourments ; lui et sa famille restèrent là-bas, sous immunité diplomatique, jusqu'à l'arrivée des troupes britanniques et américaines à la fin de l'été 1944.
Une organisation juive, la Délégation pour l'Assistance aux Emigrants Juifs (DELASEM), établie à Gêne en septembre 1939, fut forcée à la clandestinité quand les Allemands occupèrent la ville. Son trésor de 5 millions de lires fut confié au père Giuseppe Repetto, secrétaire de l'archevêque de Gêne ; un cinquième de cette somme fut remise à un certain Padre Benetto, nouvellement nommé président du DELASEM, qui apporta l'argent à Rome le 20 avril 1944. DELASEM continua son activité à partir de son nouveau quartier général, la résidence du Père Benedetto au Collège International des Capucins de Rome, et à travers l'infatigable prélat resta en contact avec la Croix-Rouge Internationale, la Commission d'Assistance Pontificale, la police italienne et d'autres autorités civiles, et même les forces d'occupations allemandes. Le prêtre convertit ses co-religionnaires et employés de DELASEM à la fabrication de faux documents et en vu d'établir des contacts avec des officiels sympathisants italiens, suisses, hongrois, français et roumains. 47
Si ces détails nous semblent familiers, cela n'est guère surprenant ; père Benedetto était le père français Marie-Benoît, qui alla en Italie quand son plan audacieux pour aider les Juifs dans le sud-est de la France s'effondra avec l'occupation allemande de la région.

Parmi les milliers de témoignages personnels sur l'assistance morale et matérielle du Vatican, se trouve celui du Dr Meier Mendes, qui rappela récemment dans un journal catholique les efforts déployés en faveur de sa famille en 1939. Quand le père du Dr Mendes perdit sa place de professeur à l'université de Rome à cause des mesures antisémites, le Vatican lui offrit un poste important dans une université catholique d'Amérique du Sud. Le professeur Mendes demanda à la place si l'Eglise pouvait l'aider, lui et sa famille, à entrer en Palestine ; le gouvernement britannique, déclara Mendes, avait sévèrement restreint l'immigration. Agissant sur instruction de Pie XII, Mgr. Giovanni Battista Montini, alors pro-secrétaire d'Etat, intervint énergiquement auprès des autorités britanniques et obtint un certificat d'immigration pour la famille de Mendes en dehors des quota de l'immigration régulière. 48

Dans le domaine de l'aide matérielle aux réfugiés, le programme de Pie XII sous la direction du père Anton Weber fut peut-être de toutes les opérations d'aides spéciales du pape celui qui eut le plus d'envergure.
Père Weber, aujourd'hui procurateur général de l'ordre des Pallotins à Rome, dirigea une mission de sauvetage pendant la guerre en faveur des victimes des Nazis, qui était directement inspirée de l'initiative que le cardinal Eugénio Pacelli, alors secrétaire d'Etat au Vatican, avait amorcé en faveur des Juifs en 1936. Cette année, les évêques allemands avaient prié le cardinal Pacelli de demander au Vatican de fonder une Organisation Internationale de l'Emigration ; Pie XII donna son accord, et le cardinal lui-même écrivit à tous les évêques américains pour solliciter leur support. 49

Avant l'entrée en guerre de l'Italie, une foule de Juifs fuirent vers l'Italie en provenance d'Allemagne, d'Autriche, de Pologne, de Hongrie, de Yougoslavie et des autres Etats balkaniques. St Raphaël Verein, une organisation qui opérait depuis longtemps en aidant les émigrés à quitter l'Europe pour le Nouveau Monde, reçut des instructions du pape Pie XII pour s'occuper des réfugiés, sans considération de religion ou nationalité. Père Weber rapidement mit en place une organisation fonctionnelle travaillant à la protection et l'aide aux réfugiés dans tous les domaines imaginables. Il établit d'abord un contact avec des Juifs répartis dans toute l'Italie afin qu'ils se préparent à une possible émigration, puis, avec l'inlassable assistance du Vatican, il s'attaqua à la montagne de problèmes pratiques faisant obstacle à ses intiatives. Passeports, visas, certificats médicaux - valides ou non - devaient être fournis. La secrétairerie d'Etat fit d'innombrables demandes aux gouvernements étrangers pour des papiers de sortie ou d'entrée, avec un certain succès. Le gouvernement du Brésil, par exemple, fournit trois mille visas d'entrée d'abord destinés aux Juifs convertis au catholicisme ; mais qu'ils furent en fait employés pour des Juifs pratiquants est incontestable. Les visas de transit, pour beaucoup à destination de ports portugais, furent difficiles à obtenir de ce pays parce que son gouvernement exigeait de chaque émigrant qu'il se présente pour payer d'abord un billet de bateau de ligne ; le père Weber établit une antenne spéciale à Lisbonne, supportée par les fonds du Vatican, pour s'occuper de cet aspect. Les coûts opérationnels de ces groupes de sauvetage étaient énormes ; les frais pour chaque émigrant - transport, nourriture et hébergement - pouvait grimper jusqu'à 800 $ ; et le premier contributeur était le Vatican lui-même. En 1945, l'organisation du père Weber prêta assistance à vingt-cinq et quelque mille Juifs, dont quatre mille purent embarquer vers des destinations outre-mer sûres. 50

J'ai utilisé l'expression "valides ou nons" concernant les papiers officiels que l'organisation du père Weber procurait aux Juifs. Cette histoire rocambolesque de faux documents fournis aux Juifs par l'Eglise à travers toute l'Europe et le Proche-Orient n'est pas encore très connue; pas plus que si elle l'était, elle ne pourrait être rendue publique, car il y a encore d'inombrables Juifs jouissant paisiblement de leur nouvelle citoyenneté aujourd'hui qui dépendent de la validité apparente de ces papiers. Le Vatican à la fois initia et accorda son support à une remarquable variété d'entreprises secrètes de fabrication - comme celle du Père Marie-Benoît en France et plus tard en Italie - et exerça également des pressions sur les gouvernements alliés et neutres pour qu'ils accordent l'entrée ou au moins le transit pour les Juifs en danger de mort. Les réfugiés Juifs en France détenteurs de passeports Paragueyens en 1943 et 1944 approchèrent le Vatican pour obtenir de l'aide, craignant que la reconnaissance de ces papiers ne soit invalidée par ce gouvernement sud-américains ; par le biais du délégué apostolique au Paraguay, le pape obtint l'assurance que leurs passeports continueraient à être valides. Le Vatican intercéda auprès des Allemands pour autoriser les Juifs de Bergen-Belsen qui détenaient des passeports sud-américains à recevoir des colis de nourriture et de vêtements. Une infinité d'autres exemples pourraient être cités, mais la plus extraodinaire de ces affaires est sans doute la mission spéciale de sauvetage que Ira Hirschmann appela "Opération baptême".

La protestation de l'archevêque Cassulo en 1941 en Roumanie intervint en réaction à une déclaration stipulant qu'un changement du statut religieux des Juifs ne modifiait pas son statut légal comme membre de cette "race" de persécutés. Les autorités là-bas devenaient suspicieuses , comme celles des Etats balkaniques, Hongrois ou autres, sur la réalité des Juifs "convertis" au catholicisme. Jusqu'à ce qu'une telle règlementation soit en vigueur dans un pays contrôlé par les Nazis, un Juif pouvant prouver qu'il était lui-même membre de l'Eglise catholique pouvait généralement utiliser la preuve de cette appartenance - un certificat de baptême - comme sauf-conduit pour quitter le pays.

Aucun document n'a été publié concernant ceux qui conçurent cette idée et comment elle fut implémentée, mais l'existence de faux certificats de baptême, et leur diffusion par milliers, est un fait. Il est également établi que le Vatican était parfaitement au courant de ce plan, et que les membres de groupes de résistances, les nonces apostoliques, les religieuses, les représentants de groupes d'assistance aux Juifs basés dans les pays alliés, et nombre de citoyens ordinaires risquèrent leurs biens si ce n'est leur vie en mettant en oeuvre ce plan ingénieux. Au milieu de l'année 1944, quand seuls les Juifs de Budapest échappèrent temporairement au bain de sang coulant en Hongrie, une autre figure bien-aimée du catholicisme pesa de tout son poids dans la balance, accélérant la production de certificats de baptêmes ; c'était l'ami intime de Pie XII et successeur, l'archevêque Roncalli, feu le pape Jean XXIII. 51

Avec l'arrivée des Allemands en Italie, la population juive fut menacée par la même épée qui faucha impitoyablement tant de leurs co-religionnaires ailleurs en Europe. Le pape se prononça fortement pour défendre les Juifs des premières arrestations massives en 1943, et L'Osservatore Romano imprima un article de protestation contre l'internement des Juifs et la confiscation de leurs biens. La presse fasciste en vint à traiter le journal du Vatican d'organe des Juifs, faisant echo à leur réaction en avril 1941 à un article de Robberto Farinacci, le principal promoteur des doctrines racistes en Italie. 52 Se tenant à la conviction de Pie XII que des attaques directes contre les politiques facistes entraineraient plus de maux que de biens, le journal du Vatican réfréna ses critiques après l'entrée en guerre de l'Italie, mais continua de faire des déclarations comme celle de mars 1943, à savoir qu'aucun ordre social ne peut être basé sur les privilèges raciaux et la force. 53

Les opérations d'émigration en Italie cessèrent par nécessité, le dernier avion transportant des réfugiés juifs décollant de Rome le 8 septembre 1943, et le père Weber du St Raphaël Verein s'attela à la dangereuse tâche de trouver des lieux sûrs en faveur des Juifs restés sur place. Le pape envoya des instructions pour que les édifices religieux soient utilisés comme refuge pour les Juifs, même au prix de grands sacrifices personnels de la part de leurs occupants habituels ; il libéra les monastères et couvents de leurs règles strictes d'isolement interdisant leur accès sauf à certaines personnes spécifiques, afin qu'ils puissent être utilisés comme abris. Des milliers de Juifs - les chiffres vont de quatre à sept mille - furent cachés, nourris, habillés, et logés dans cent quatre-vingts lieux de refuge connus du Vatican : églises et basiliques, bâtiments administratifs, presbytères. Un nombre indéterminé de Juifs trouvèrent protection à Castel-Gondolfo, la résidence d'été du pape, dans les demeures privés, les hôpitaux, les établissements de soins ; et le pape s'impliqua directement dans le sort des enfants de Juifs déportés d'Italie.
Pendant toute cette période où les Juifs se cachèrent massivement, les Allemands ne firent que deux raids et n'en capturèrent que quelques uns. Le pape protesta vigoureusement, et plus aucun raid n'eut lieu ; de plus, bien que les groupes protégés n'incluaient pas que des Juifs, il n'y eut pas un seul cas de trahison. 54
L'une des caches utilisées par les Juifs fut une église jésuite dotée d'un faux-plafond. A chaque réfugié dans l'église fut assigné un espace au-dessus d'un autel et auquel on se réferrait par le nom du saint donné à l'autel. Les prêtres de l'église prenait un certain plaisir à discuter de "Zavier", "Robert Bellarmine" et "Gonzoga" en présence d'officiers nazis, qui ne s'aperçurent de rien. 55

Les média ont largement rapporté les histoires glauques de ces vies sacrifiées par les Nazis sur l'autel de leurs théories raciales ; ce que nous ne savons pas, c'est combien de vies furent sauvées par les efforts d'hommes tels que Pie XII. Les chiffres officiels, malgré leur froideur, peuvent nous donner des indices. En 1939, il y avait cinquante mille Juifs en Italie ; en 1946, ils étaient quarante-six mille, dont trente mille étaient italiens et seize mille réfugiés d'Allemagne, Pologne, Hongrie, Yougoslavie, France et d'autres pays. Environ huit mille Juifs furent arrêtés par la gestapo 56- une statistique terrible en soit, mais bien moindre que celle des noms inscrits sur la liste des victimes du génocide dans les autres pays occupés et contrôlés par les Nazis.

Dix ans après son discours aux pélerins de Lourdes, le pape Pies XII revint sur le thème de la fraternité qui, contrairement aux allégations du polygraphe Hochhuth, guida son aide de façon inébranlable envers les Juifs persécutés. Après la libération de Rome, tandis qu'il y avait de l'appréhension sur le sort des Juifs prisonniers aux mains des puissances de l'Axe dans le nord de l'Italie et en Allemagne, il déclara : "pendant des siècles les Juifs ont été très injustement traités et méprisés. Il est temps qu'ils soient traités avec justice et humanité. C'est la volonté de Dieu et c'est la volonté de l'Eglise. Saint Paul nous dit que les Juifs sont nos frères. Au lieu d'être traités comme des étrangers, ils devraient être accueillis comme des amis." 57

Les preuves tangibles de la vraie personnalité de Pie XII - son amour pour tous les hommes, et son souci particulier de "justice et d'humanité" envers les Juifs - sont démontrées par le fait que pendant toute la guerre, les dirigeants juifs venus de partout l'approchèrent pour lui demander de l'aide. L'un des plus importants fut ainsi le grand rabbin de Jérusalem Isaac Herzog, à qui le pape envoya le message qu'il ferait tout en son pouvoir pour aider les Juifs. Le rabbin Herzog voyagea à Constantinople pour chercher de l'assistance et une aide financière pour le "Fond de Secours Juif", et, fidèle à la parole du pape, trouva auprès du délégué à Istanbul, l'archevêque Angelo Roncalli, un collaborateur extraordinairement dynamique dans l'exécution d'opérations de sauvetage des Juifs des Balkans. 58 Une lettre datée du 28 février 1944, que le futur Jean XXIII envoya au Vatican transmettant la demande du rabbin Herzog pour aider les Juifs de Roumanie, commence ainsi : "Le grand rabbin de Jérusalem (...)vint personnellement à la délégation apostolique pour remercier officiellement le Saint-Père et le Saint-Siège des multiples actions de charité au bénéfice des Juifs ces dernières années (...)." 59
Après la guerre, le rabbin Herzog adressa par l'intermédiaire de Harry Greenstein "une bénédiction spéciale" au pape pour "ses efforts entrepris pour sauver les Juifs pendant l'occupation nazie de l'Italie." A présent directeur exécutif de l' "Associated Jewish Charities of Baltimore", M. Greenstain déclara dans une interview récente : "Je me souviens encore avec précision de la lueur dans ses yeux. Il répondit que son seul regret fut de n'avoir pu sauver plus de Juifs." 60

Ce n'est qu'une parmi des milliers de voix qui firent l'éloge du grand oeuvre de Pie XII en faveur du peuple juif. Laissez-moi en choisir quelques unes de plus au hasard :
Le 4 juin 1944, quand les alliés entrèrent à Rome, le Bulletin Juifs d'Information de la 8° Armée déclarait : "En remerciement éternel au peuple de Rome et à l'Eglise catholique romaine, le sort des Juifs fut rendu moins pénible par leurs actions véritablement chrétiennes d'assistance et de protection. Même maintenant, beaucoup demeurent encore dans des lieux qui ouvrirent leurs portes pour les soustraire au destin d'une mort certaine en déportation (...). L'histoire complète de l'aide procurée à notre peuple par l'Eglise ne peut pas être racontée, pour des raisons évidentes, avant la fin de la guerre." Lors d'une réunion au Comité de Libération Nationale, un intervenant Juif déclara : "Ce fut au nom d'un franc sentiment de fraternité que l'Eglise fit l'impossible pour secourir notre peuple en danger de destruction. Que les autorités ecclésiatiques et tous les prêtres qui souffrirent pour nous dans les prisons et les camps de concentration soient certains de notre éternelle gratitude." 61
Un éminent Juif citoyen de Rome affirma : "nos frères catholiques ont fait plus pour nous que nous ne saurions jamais rendre." Le rabbin Elio Toaff, maintenant grand rabbin de Rome, dit après la mort du pape : "Plus qu'aucun autre, nous eûmes l'occasion d'apprécier son extrême gentillesse, emplie de compassion et de magnanimité, que le pape démontra pendant les terribles années de persécutions et de terreur, quand il semblait qu'il n'y avait pour nous plus aucun espoir." 62
Et le rabbin Zolli écrivit : "ce que fit le Vatican sera gravé de façon indélébile et éternellement dans nos coeurs (...). Les prêtres et les prélats firent des choses qui feront honneur pour toujours au catholicisme." 63

Les paroles prononcées pour la mort de Pie XII par les grands rabbins d'Egypte, de Londres, et de France n'étaient pas moins empreintes de gratitude. Au Nations-Unis, le ministre des affaires étrangères israélien, Mme Golda Meir, proclama : " nous partageons la douleur du monde sur la mort de Sa Sainteté le pape Pie XII. Pendant une génération de conflits et de dissensions, il porta haut les idéaux de paix et de compassion. Pendant les dix années de terreur nazie, quand notre peuple eut à subir les horreurs du martyre, le pape éleva la voix pour condamner les persécuteurs et dire sa sympathie avec leurs victimes. Le temps présent fut illuminé par une voix qui affirma les grandes vérités morales au dessus des tumultes des conflits quotidiens. Nous pleurons la mort d'un grand défenseur de la paix." 64

Le docteur Nahum Goldmann, président du Congrès Juif Mondial, écrivit dans sa lettre de condoléances pour la mort du pape Pie XII : "avec une gratitude particulière nous nous souvenons tous de ce qu'il fit pour les juifs persécutés pendant l'une des périodes les plus sombres de toute leur histoire." En 1945, le Congrès fit un don de vingt mille dollars pour les oeuvres de charité du Vatican, en reconnaissance des efforts du Saint-Siège pour sauver les Juifs des persécutions fascistes ; dans un mémoire pluri-disciplinaire écrit un an plutôt par un officiel du CJM et qui fut étroitement associé dans une requête du Congrès auprès de Pie XII afin d'aider les Juifs de Pologne, on peut lire : "L'Eglise catholique nous fut extraordinairement utile de multiples manières. De Hinsley à Londres à Pacelli à Rome, pour ne pas mentionner les prêtres anonymes de Hollande, de France et d'ailleurs, il firent de remarquables choses pour nous (...)." 65

Le 7 avril 1944, le rabbin Safran de Bucarest rendit hommage aux activités de l'Eglise catholique en faveur des Juifs roumains dans une lettre au nonce du pape :
"Excellence : En ces temps difficiles, nos pensées se tournent plus que jamais avec une respectueuse gratitude pour ce qui fut accompli par le souverain pontife en faveur des Juifs en général, et par Votre Excellence en faveur des Juifs de Roumanie et de Transnistrie.
Dans les heures les plus graves que nous, Juifs de Roumanie, eûmes à traverser, l'assistance généreuse du Saint-Siège, gérée par l'intermédiaire de votre éminence, fut décisive et salutaire. Il n'est pas facile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer la chaleur et la consolation que nous ressentîmes grâce à l'intérêt du souverain pontife, qui offrit une large somme pour adoucir les souffrances des Juifs déportés, souffrances que vous avez mentionnées après votre visite en Transnistrie. Les Juifs de Roumanie n'oublieront jamais ces faits d'importance historique (...). 66

Quelques unes des voix qui furent élogieuses envers Pie XII cinq ou vingt ans plus tôt restent silencieuses face aux allégations de Rolf Hochhuth ; quelques unes sont même d'accord avec lui. Pourquoi cela ? Les gens avaient-ils tort hier, où ont-ils tort maintenant ? Certains catholiques d'Europe, qui devraient être éternellement reconnaissant au pape de ne pas les avoir placés face au dilemme cornélien de choisir entre leur pays ou l'Eglise, sont-ils soulagés de voir le blâme s'abattre sur d'autres têtes ?

Personne ne lisant les rapports de Pie XII en faveur des Juifs ne peut souscrire aux accusations de Hochhuth. Cependant, bien que les preuves se manifestent contre l'hypothèse qu'une condamnation formelle de Pie XII aurait évité les massacres de masse des Juifs, cela reste encore une question de jugement. Deux hommes présentent la complexité de cette question très succintement. L'un, Léon Poliakov, écrivit la phrase suivante dans le magazine Commentary de novembre 1950 :
"Il est douloureux d'avoir à dire qu'à l'époque ou les chambres à gaz et les fours crématoires opéraient jours et nuits, la plus haute autorité spirituelle du Vatican ne jugea pas nécessaire de faire une protestation claire et solennelle qui aurait eu des répercussions dans le monde ; et pourtant on ne peut pas affirmer qu'il n'y ait pas eu de raisons pertinentes et valables de ce silence."
Le second à s'exprimer est (...) le pape Paul VI, dont la lettre, en partie citée plus bas, arriva sur les bureaux du journal Tablet à Londres une heure après son élection à la papauté, et fut publiée dans le numéro de Juin :
"Il n'est pas dans mon intention ici de débattre la question soulevée (...) dans la pièce "Der Stellvertreter" : à savoir, s'il était du devoir de Pie XII de condamner d'une manière publique et spectaculaire les massacres des Juifs pendant la dernière guerre(...). Pour ma part, je conçois comme un devoir de contribuer à la tâche de clarification et d'unification du jugement des hommes sur la réalité historique en question, si déformée dans la représentation pseudo-réaliste de la pièce de Hochhuth (...). [Pie XII] désirait entrer pleinement dans l'histoire de ce temps si affecté ; avec le sentiment profond que lui-même faisait partie de cette histoire, il désirait y participer pleinement, partager ses souffrances dans son propre coeur et dans son âme. Laissez-moi citer, dans cette idée, les mots d'un témoin des plus qualifiés, Sir d'Arcy Osborne, le ministre britannique au Saint-Siège qui, quand les Allemands occupèrent Rome, fut obligé de vivre confiné au Vatican. Ecrivant dans le Times du 20 mai, Sir d'Arcy déclara : "Pie XII fut l'être humain le plus chaleureux, généreux, compréhensif (et, incidemment, saint) que j'eus le privilège de rencontrer au cours d'une longue vie (...)."
Laissons les autres dire ce qu'ils veulent, la réputation de Pie XII comme véritable vicaire du Christ, comme celui qui essaya, autant qu'il le put, d'exécuter la mission qui lui fut confiée pleinement et courageusement, ne sera pas affectée (...)."

Note * : les archives sur la période d'avant-guerre sont actuellement ouvertes, et celle concernant son pontificat sont en cours.
Note ** : « Mais ce bréviaire [il s'agit de l'ouvrage cité de Poliakov] a été écrit pour nous aussi Français, dont l'antisémitisme traditionnel a survécu à ces excès d'horreur dans lesquels Vichy a eu sa timide et ignoble part — pour nous surtout, Catholiques français, qui devons certes à l'héroïsme et à la charité de tant d'évêques, de prêtres et de religieux à l'égard des Juifs traqués, d'avoir sauvé notre honneur, mais qui n'avons pas eu la consolation d'entendre le successeur du Galiléen, Simon-Pierre, condamner clairement, nettement et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables "frères du Seigneur". Au vénérable cardinal Suhard qui a, d'ailleurs, tant fait dans l'ombre pour eux, je demandai un jour, pendant l'occupation : "Éminence, ordonnez-nous de prier pour les Juifs..." (31), il leva les bras au ciel : nul doute que l'occupant n'ait eu des moyens de pression irrésistibles, et que le silence du pape et de la hiérarchie n'ait été un affreux devoir ; il s'agissait d'éviter de pires malheurs. Il reste qu'un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n'ont pas crié et quelles qu'aient été les raisons de leur silence. » François MAURIAC, Préface au livre de Léon POLIAKOV, Bréviaire de la haine. Le IIIème Reich et les Juifs, Calmann-Lévy 1951 et 1979, cité d'après les éditions Complexe, Bruxelles, 1985, p. X.

Note 1 Quoted in Sir Alec Randall, "The Pope, the Jews, and the Nazis" (pamphlet), London, Catholic Truth Society, 1963,p. 18; see also in Peter White, An Attack on Pope Pius XII, Jubilee, June, 1963.
Note 2 Quoted in White, op. cit.; see also Paul Duclos, Le Vatican et la seconde guerre mondial, Paris, Pedone,1955, pp. 221-223.
Note 3 Quoted by Dr. Robert M. W. Kempner in Frankfurter Allgemeine Zeitung, May 23, 1963.
Note 4 Angelo Martini, S.J., "Il Vacario: Unatragedia cristiana?" (reprint) Civilta Cattolica,1963, II (2710), 324.
Note 5 Angelo Martini, S.J., "La Santa Sede e gli ebreidella Romania durante la seconda guerra mondiale" (reprint), Civilta Cattolica, 1951, III (2669), 459.
Note 6 Quoted in Martini, Il Vicario..., p. 317.
Note 7 Sir D'Arcy Osborne, a Protestant, was the British Minister to the Vatican during World War II; Msgr. Giovannetti and Father Leiber, both Catholics, are respectively a member of the Vatican's Congregation for Extraordinary Ecclesiastical Affairs and the former Secretary to Pope Pius; Harry Greenstein,a Jew, is the executive director of the Associated Jewish Charities of Baltimore.
Note 8 Randall, op. cit., p. 19.
Note 9 Quoted in Robert Leiber, S.J., "Pio XII e gli ebreidi Roma, 1943-1944" (reprint), Civilta Cattolica,1961, I (2675), 455.
Note 10 In the German edition; in the English edition (tr. Robert David Macdonald, London, Methuen, 1963), the "Historical Sidelights" run 63 pages.
Note 11 The Representative (English ed.), p. viii. The source for the Mauriac quotation is the preface he wrote for Poliakov's Breviaire de la haine, Paris, Calmann-Levy,1951.
Note 12 Leon Poliakov, "Le Vatican et la question juive," Monde juif, December, 1950; quoted in Duclos, op. cit., pp. 191-192.
Note 13 Poliakov, Breviaire de la haine; quoted in Leiber,op. cit., p. 457.
Note 14 Published in Monde juif, June, 1949; quoted in Duclos, op. cit., p. 222, and in Leiber, op. cit., pp.449-450.
Note 15 Quoted in Frankfurter Allgemeine Zeitung, March 4,1963.
Note 16 Quoted in Duclos, op. cit., p. 185.
Note 17 Quoted in Frankfurter Allgemeine Zeitung, March 4,1963.
Note 18 Quoted in Fiorello Cavalli, S.J., "La Santa Sede contro le deportazioni degli ebrei dalla Slovacchia durante la seconda guerra mondiale" (reprint), Civilta Cattolica,1961, III (2665), 7; and in Jozef Lettrich, History of Modern Slovakia, New York, Praeger, 1955, p. 187.
Note 19 Quoted in Cavalli, op. cit., p. 8n.
Note 20 Quoted in Ibid., p. 13.
Note 21 Quoted in Ibid., p. 17.
Note 22 Martini, "La Santa Sede...," p. 454. The February 16 intervention was on behalf of Jewish converts to Catholicism; thereafter, the Archbishop worked for all Jews.
Note 23 Deposition of Rabbi Safran introduced by Gabriel Bach into the record of the Eichmann trial, at Decision No. 46; and Martini, "La Santa Sede...," p. 460.
Note 24 Quoted in Martini, "La Santa Sede...," p. 449.
Note 25 Poliakov, "Le Vatican. . .; quoted in Duclos, op. cit., p. 192.
Note 26 Martini, "La Santa Sede...," p. 459.
Note 27 Document No. CXLV, a-60, Archives of the Centre de Documentation juive, Paris; quoted in Philip Friedman, Their Brothers' Keepers, New York, Crown, 1957, p. 212.
Note 28 Gerhard Reitlinger, The Final Solution, New York, Beechhurst Press, 1953, p. 431.
Note 29 World Jewish Congress memorandum, "The Vatican and the Jews," dated March 24, 1959 (photostat).
Note 30 Ibid.
Note 31 Quoted in Friedman, op. cit., p. 87; see also pp.84-86.
Note 32 Quoted in American Jewish Yearbook, 1942-1943, Philadelphia, Jewish Publication Society, p. 215.
Note 33 Friedman, op. cit., p. 194.
Note 34 Quoted in American Jewish Yearbook, 1943-1944,Philadelphia, Jewish Publication Society, p. 292.
Note 35 Quoted in John M. Oesterreicher, Racisme-- Antisemitisme--Antichristianisme, New York, Maison Francaise, 1943, pp. 239-240; see New York Times,September 9, 1942.
Note 36 Quoted in American Jewish Yearbook, 1945-1946, Philadelphia, Jewish Publication Society, p. 117.
Note 37 Quoted in Leon Poliakov and Jacques Sabile, Jews Under the Italian Occupation, Paris, Editions du Centre, 1955,p. 96.
Note 38 See, among many other sources, ibid., pp. 40n, 21-23; Friedman, op cit., pp. 55-58; Duclos, op.cit., p. 189.
Note 39 Quoted in American Jewish Yearbook, 1943-1944, p.263.
Note 40 Quoted in Father Walter Adolph, "Hochhuths fanatisches Voruteil," Deutsche Tagespost, March 12,1963.
Note 41 Quoted in Tablet (London), March 16, 1963.
Note 42 Quoted in Adolph, op. cit.
Note 43 See, e.g., Friedman. op. cit., pp. 94-95. The Representative is dedicated to Father Lichtenberg and Father Maximilian Kolbe, the latter an internee at Auschwitz.
Note 44 Eugenio Maria Zolli (Israele Anton Zoller). Before the Dawn: Autobiographical Reflections, New York, Sheed &Ward, 1954, pp. 159- 161.
Note 45 Leiber, op. cit., p. 452.
Note 46 Ibid., p. 453.
Note 47 See, ibid., p. 452; Jewish Advocate (Boston), May 4, 1963; Poliakov and Sabille, op. cit., p.j 40n.
Note 48 Catholic News, July 11, 1963, sec. C.5, p. 2.
Note 49 Rheinische Post, September 9, 1961.
Note 50 Ibid.; and Boston Globe, January 27, 1963.
Note 51 On false Catholic papers, see, e.g., Ira Hirschmann, Caution to the Winds, New York, McKay, 1962. pp. 179-185.
Note 52 American Jewish Yearbook, 1940-1941, Philadelphia,Jewish Publication Society, pp. 384-385; Osservatore Romano, January 29, 1961.
Note 53 American Jewish Yearbook, 1943-1944, p. 292.
Note 54 The Tidings, June 9, 1961; World Jewish Congress memorandum dated March 24, 1959; Leiber, op. cit., p. 451; American Jewish Yearbook, 1944-1945, Philadelphia, Jewish Publication Society, 1944, pp. 233-234; Zolli, op. cit., 187-188.
Note 55 Evening Union Leader, June 29, 1963.
Note 56 Leiber, op. cit., p. 450.
Note 57 See Joseph L. Lichten, Pope Pius XII and the Jews (reprint), ADL Bulletin, October, 1958.
Note 58 Tablet (Brooklyn), March 21, 1963.
Note 59 Quoted in Martini, "La Santa Sede...," p. 461.
Note 60 Tablet (Brooklyn), March 21, 1963.
Note 61 See Lichten, op. cit.
Note 62 Quoted in Frankfurter Allgemeine Zeitung, March 4,1963.
Note 63 Quoted in American Jewish Yearbook, 1944-1945, p.233.
Note 64 Quoted in Civilta Cattolica, 1958, III, 323.
Note 65 World Jewish Congress memorandum dated March 24, 1959.
Note 66 Quoted in Martini, "La Santa Sede...," p. 462.